jeudi 24 janvier 2008

Le soupçon de la société

Je montre actuellement à mes élèves un documentaire extraordinaire, Mémoires d'immigrés de Yamina Benguigui.

Il est structuré en 3 longs métrages de 52 min : Les pères, les mères, les enfants. Je leur montre le dernier pour réfléchir sur la question d'intégration. Les enfants d'immigrés expriment très bien dans ce documentaire leur rejet de la résignation, de la honte des pères, qui acceptaient des situations d'humiliation (logement dégradé, bidonville ; condition de travail pénible...). Les pères acceptaient et disaient : "Chut, nous ne sommes pas chez nous, il ne faut pas faire d'histoire". L'idée d'une légitimité pas tout à fait acquise, à laquelle nous n'avons pas le droit.

J'ai entendu la même chose chez des parents adoptants. Ils racontaient une réunion d'information où un médecin avait eu des mots très durs, très décourageants sur l'état de santé des enfants, sur les intentions malveillantes des personnes auxquelles nous aurons affaire... Et il terminait la conférence en disant : "J'espère que j'aurais au moins réussi à décourager certains d'entre vous" ! Les futurs parents qui nous relataient l'histoire semblaient l'accepter, ou plutôt se résigner, alors même qu'ils en avaient soufferts : "Ils ont raison. De toute façon, il y a trop de demande par rapport aux possibilités d'adopter... Et puis comme nous sommes un peu âgés...".

Cela m'a fait pensé au ton sec et autoritaire que la personne avait eu lors de notre 1ère réunion d'information. Un ton de caserne, expéditif et ferme. Devant une cinquantaine de personnes porteurs d'un désir d'enfants.

L'adoption n'est pas encore tout à fait légitime. Et si on adopte, il faut que la société nous fasse bien ressentir qu'elle nous aide, et pas l'inverse.

La tendresse d'une mère adoptante

Ca y est, on a passé dirais-je un cap. Nous avons rencontré la cousine d'un ami des États-Unis qui s'apprête à s'envoler au Vietnam, toute seule, pour aller chercher sa fille, Tizia. Chez elle, il y a déjà un peu partout, en noir et blanc, en couleur, la seule photo qu'elle a de ce gros bébé !

On a parlé de tout et de rien, de certaines démarches un peu plus difficiles, des différents pays... J'ai senti qu'on ne savait rien, qu'on avait encore tout à apprendre. Elle nous a parlé des associations, des sites Internet, des forums... Je me suis sentie plus que novice face à cette femme qui avait parcouru le chemin jusqu'au bout. Mais surtout, ce qui nous changeait, c'est qu'on la sentait déjà mère, jusqu'au plus profond de son être, déjà prête à recevoir un bout d'choux dans les bras. C'est cela qui nous séparait : ces longs mois d'agrément et de recherche d'un enfant qui permettent de concrétiser le projet. Nous, nous n'en sommes qu'à remplir des papiers administratifs et à prendre rendez-vous. Encore un peu irréel...

Vous avez dit neuneu ?

Je viens d'apprendre que neuneu, cela veut dire avoir le syndrome de l'alcoolisation foetale. C'est la première cause de retard mental non génétique en France.

mercredi 16 janvier 2008

Envie d'en discuter...

Il y a les catastrophes : "Ah, là où je suis en ce moment, il y a plein de prêtres noirs, ils sont très biens" ou bien : "Oui, mais ce ne sera pas comme si c'était ton enfant".
Ce n'est pas grave, car tout le monde a besoin d'un temps. Il faut répondre sur le ton de l'humour : "Mais tu sais bien que je suis sociologue ! Alors, tu sais, moi, le biologique..." Mais il leur faudrait quand même un sacré cours de savoir-vivre et de délicatesse à ceux-là, dites donc !

Il y a aussi les questions : "et ça va, JT ?". Bref, votre couple tient-il le coup face à cette épreuve hymalayesque ? Ou peut-être plus subtil : "et qu'est-ce qu'il en pense JT ? Il est d'accord ?"


Il y a les bons plans, les contacts, les histoires déjà vécues. On écoute, car on n'est pas encore tout à fait dans la nôtre, notre histoire qui nous obnubilera bien un jour. On prend en note le nom, le numéro, l'email.


Et il y a les vraies bonnes discussions comme on les aime jusqu'à 3h du matin où chacun échange ses projets, partage ses envies. Le sens de la vie, l'ouverture aux autres ; le poids de la société vis-à-vis de la famille, du couple, des enfants... La joie dans la vie, la confiance dans l'avenir et le sentiment d'être prêt à ce que ça change un peu. Et puis, on va se coucher un peu trop fumé, un peu trop alcoolisé, un peu trop tard et on se dit qu'on a bien de la chance de ne pas avoir d'enfants pour nous réveiller demain matin !


Accepteriez-vous un enfant neuneu ?

L'assistante sociale nous a étonnée par la crudité de ses propos. Mais le contact est très bien passé. Heureusement. Et pourtant je dois dire que j'étais à l'aguet, je lui faisais un peu passé son entretien d'embauche. Je pense que j'ai eu beau la tester, elle n'a jamais eu un mot déplacé, un jugement moral ou normatif, une tournure de phrase pouvant contenir des préjugés.

Accepteriez-vous un enfant d'une mère hautement alcoolique, sachant qu'il a de fortes chances d'être neuneu ? C'est cette question que l'assistante sociale nous a posé. Ce genre de question peut se décliner de mille façon : un enfant sourd ? Un enfant malformé ? Un enfant avec un doigt surnuméraire ? Un enfant trisomique ? Un enfant de 4 ans ? Un enfant avec la galle ? Un enfant défiguré ? Hum...

Un enfant noir, asiatique ? Alors, ce sera une aventure dans laquelle il y aura écrit "adopté" sur le front de mon enfant. Quelle histoire ! Une peu différente, je l'avoue. Mais quelle histoire ! Une histoire bien à nous !

mercredi 9 janvier 2008

Photo amateur et lettre sous pli confidentiel


C'est nous... La demande d'agrément est obtenue à la suite de l'envoi du dossier. Celui-ci doit contenir :
- une photographie d'amateur de nus deux,
- une évaluation par un médecin psychiatre de notre choix envoyée directement sous pli confidentiel au Docteur du service de l'Espace Adoption de Paris,
- un questionnaire de demande dûment rempli,
- une copie intégrale de l'acte de naissance : l'extrait serait trop mesquin !
- une copie du livret de famille (il a à peine 1 an qu'il sert déjà ;-),
- un certificat médical de moins de trois mois d'un médecin agréé (lui au moins, il est agréé !),
- un bulletin du Casier judiciaire (fastoche : la demande est aujourd'hui informatisée et se fait par Internet),
- des justification de ressources, avec nos 3 dernières fiches de paye, notre déclaration de revenu...


Nous sommes très fiers de notre photo amateur : nous deux, pris par Noémie, au milieu du jardin bleu du Parc André Citroën, le jour de la naissance de Marceau. On cligne les yeux, éblouis par le soleil, agenouillés pour nous mettre au niveau de la petite. On a écrit au dos de la photo, pour l'administration, à côté de nos noms : "photo prise par Noémie, 4 ans". Ils adorent, paraît-il.

N°259/2007


"Notre demande d'agrément en vue de l'adoption d'un enfant a été enregistrée le 29 mai 2007 sous le numéro 259/2007". Ce n'était pas l'agrément, mais on aurait pu déjà sortir le champagne ! Explication.

L'agrément, c'est le tampon officiel de la DASS qui nous autorise d'adopter. Sans agrément, pas de régularisation possible d'une adoption. Il faut être reconnu comme capable d'adopter par l'administration. Il faut être agréé. Veuillez agréer, Madame, Monsieur ...

Je pensais que le difficile serait le long parcours où il faut prouver à madame l'assistante sociale que nous sommes des gens tout à fait capables d'adopter. Eh bien que nenni !

Le premier parcours du combattant a été de faire enregistrer notre demande d'agrément : hep ! Nous voulons entrer dans votre pile de dossier !

En tout, pour notre inscription, il a fallu une quinzaine d'étape. Toute l'histoire est de renvoyer un dossier rempli et complet. Mais ce dossier, il n'est pas envoyé et distribué aux quatre vents. Non, non. Le dossier se retire à la fin d'une réunion d'information dans le 12ème : une cinquantaine de personnes qui écoutent religieusement une femme qui débite mille et un conseils. La date de la réunion d'information, elle n'est donnée que par courrier. Pour obtenir ce courrier, il faut remplir un questionnaire et le renvoyer. Le questionnaire, oh miracle, on peut l'obtenir par téléphone. Ouf ! En gros, un cou p de téléphone, 3 courriers et une réunion.

Après, il faut bien sûr remplir le dossier. Mais cela c'est déjà une autre aventure ! Vous allez bien trop vite !

samedi 5 janvier 2008

Saint Vincent de Paul, une maternité qui disparaît


Saint-Vincent-de-Paul est l'un des multiples hôpitaux du XIVème. Cochin, Broussais, La Rochefoucault, Sainte-Anne, Saint-Vincent-de-Paul, Notre-Dame du Bon Secours, Saint-Joseph, l'Institut de Montsouris.... A croire qu'on était plus malade au sud de Paris. Une entrée déglinguée. Une haute cheminée qui fume, une blanchisserie nous dit-on. Une cafétariat mal éclairée par la lumière du jour. Des bâtiments disparates. Des consultations en sous-sol, des couloirs suintant, quelques pièces repeintes.
La maternité va disparaître, au profit d'une grande plate-forme de naissance, en fusionnant avec Cochin, à 400 mètres de là. Quand je vous dis qu'il y a des hôpitaux partout !

C'est à cet hôpital que j'ai été prise en charge par l'équipe de PMA du Docteur Chaperon. Tiens, Saint-Vincent-de-Paul, c'est aussi cet homme de l'église qui va lutter pour les enfants abandonnés, pour les accueillir, pour former et convaincre des nourrices, pour assister cette enfance déshéritée. Au début du XVIIème siècle.

Il faudra attendre 1804 et le Code de Napoléon pour que l'adoption en France soit autorisée. Ce que les Grecs faisaient, on ne le faisait plus depuis le Moyen-Age.

Accouchement honteux et adoption : une histoire de prise en charge parallèle. Dès 1802, on peut accoucher secrètement à la Maternité de Paris. Tiens, c'est là que j'ai été hospitalisée pour l'ablation de ma trompe !

Et ce Adolphe Pinard, glorieux inconnu de la Troisième République ! Obstétricien de renom ! Il crée une oeuvre, "La Mère", pour celles qui ne veulent pas être mère : des refuges-asiles sont chargés d'accueillir les femmes enceintes en grand secret.

Eh bien, à Saint-Vincent-de-Paul, il y a un bâtiment Pinard. J'y ai attendu 3h avec mon mari un après-midi de novembre. En sous-sol, un ascenseur grinçant de bruits métallique, une salle d'attente refaite ; au bout du couloir, des gravas et des murs délabrés. De l'autre côté, des blocs.
C'est là tout simplement qu'a eu lieu le transfert d'un des 9 embryons issus de la ponction 2 jours avant. Issue trop incertaine : une semaine après, j'avais mes règles.

Non pas faire, mais trouver

Depuis le début de cette aventure, en mars dernier, il y a une chose qui m'a interloqué : on ne va pas faire un enfant, mais trouver un enfant. Comme on trouve un trésor. Dénicher, dégoter. Nous serons trouvères. Véritables troubadours de notre ère, sur les chemins du vaste monde, les yeux dans les étoiles, à la recherche du Petit Prince, poètes et jongleurs sur les routes des orphelinats.

Et c'est parti !


Cela fait plusieurs jours que j'attends de pouvoir écrire. J'ai pris du retard, ce sera autant de mini réflexions et de micro analyses qui seront passées à la trappe ! Mais qu'importe ! L'aventure risque d'être longue...

J'ai longtemps pensé, à l'orée d'un changement dans ma vie, noter sur un petit carnet ces nouvelles expériences. Cela aurait pu être au début de ma vie professionnelle : au seuil d'une carrière d'enseignant, il y a toujours mille et une choses à dire sur les débuts difficiles, les erreurs face aux élèves, les balbutiements, les tics, les hésitations, les micro succès, les impressions et les doutes.. bref, il faut bien se l'avouer, tout ce qui aurait pu aider d'autres débutants.

J'ai pensé aussi le faire pour la FIV, avec une idée marrante : prendre une photo de tout le personnel du monde hospitalier que nous allions rencontrés. Avec une intention bien visible : souligner le parcours du combattant, la multiplicité des interlocuteurs, le suivi hâché et en pointillé de mon dossier, les contradictions. Avec comme but intime de me protéger des skizophrénies des diagnostiques et des soins à faire, à la maison, à l'hôpital, au laboratoire...

J'ai vraiment regretté de ne pas noter au fil des jours mon aventure dans le mariage, ces multiples tâches absurdes dans lesquelles on se jette à corps perdu, mais qui justement prend tout son temps.


Bref, maintenant, c'est décidé, disons que ce sera la bonne résolution de 2008 : vivre et écrire notre histoire différente, celle d'une paternité et d'une maternité d'adoptant. Disons que cette fois-ci, il n'y a rien à exorciser, rien à transmettre : il s'agit de garder en mémoire la préparation de la venue de X ou de Y.