Je montre actuellement à mes élèves un documentaire extraordinaire, Mémoires d'immigrés de Yamina Benguigui.Il est structuré en 3 longs métrages de 52 min : Les pères, les mères, les enfants. Je leur montre le dernier pour réfléchir sur la question d'intégration. Les enfants d'immigrés expriment très bien dans ce documentaire leur rejet de la résignation, de la honte des pères, qui acceptaient des situations d'humiliation (logement dégradé, bidonville ; condition de travail pénible...). Les pères acceptaient et disaient : "Chut, nous ne sommes pas chez nous, il ne faut pas faire d'histoire". L'idée d'une légitimité pas tout à fait acquise, à laquelle nous n'avons pas le droit.
J'ai entendu la même chose chez des parents adoptants. Ils racontaient une réunion d'information où un médecin avait eu des mots très durs, très décourageants sur l'état de santé des enfants, sur les intentions malveillantes des personnes auxquelles nous aurons affaire... Et il terminait la conférence en disant : "J'espère que j'aurais au moins réussi à décourager certains d'entre vous" ! Les futurs parents qui nous relataient l'histoire semblaient l'accepter, ou plutôt se résigner, alors même qu'ils en avaient soufferts : "Ils ont raison. De toute façon, il y a trop de demande par rapport aux possibilités d'adopter... Et puis comme nous sommes un peu âgés...".
Cela m'a fait pensé au ton sec et autoritaire que la personne avait eu lors de notre 1ère réunion d'information. Un ton de caserne, expéditif et ferme. Devant une cinquantaine de personnes porteurs d'un désir d'enfants.
L'adoption n'est pas encore tout à fait légitime. Et si on adopte, il faut que la société nous fasse bien ressentir qu'elle nous aide, et pas l'inverse.


