mercredi 10 septembre 2008

Tiens, l'adoption bouge en France. Le 27 juillet est lancé un réseau de Volontaires pour l'adoption internationale : des jeunes français pourront partir travailler avec des orphelinats tout en prouvant l'adoption française. Pas con. Donnant-donnant, comme partout !

Et puis fin août, le 28 août, Rama Yade lance une réforme avec 3 objectifs :
"1. Mieux répondre aux attentes des familles, en donnant à l'AFA un rôle d’impulsion et de définition de la stratégie en matière d’adoption internationale ;

2. Augmenter les chances d’adoption des familles françaises dans les pays étrangers grâce à la mise en œuvre, dans ces pays, d’une véritable politique de coopération et d’aide au développement en faveur de l’enfance privée de famille ;

3. Renforcer les moyens humains dédiés à la protection de l’enfance privée de famille et à l’adoption internationale tant en France que dans l’ensemble du réseau diplomatique."

Le point 2 est encore dans la même optique : aider financièrement les orphelinats. Ce que font les Italiens. Drôles de pratiques dans un monde où désormais 75 pays ont ratifié la Convention de la Haye (2008).

Autre idée, celle-là réellement nécessaire : la création d'un métier "adoption internationale" au sein du réseau diplomatique. Cela aidera surement les démarches individuelles.

Quelques noms ressortent, parmi ces fins réformateurs : Jean-Marie Colombani, Bernard Kouchner, Rama Yade et maintenant Jean-Paul Monchau, ambassadeur pour l’adoption internationale nommé le 27 juin 2008 par décret présidentiel. Pour une fois que je souhaite que les réformes se fassent rapidement !


Extension d'agrément

Notre assistante sociale nous reçoit donc de nouveau, dans un petit bureau de l'ASE, pour discuter de ce coup de barre quelque peu brutal. Elle nous parle surtout de ce que représente un enfant de 3 ans, et c'est précieux. Ce n'est plus un nourrisson qui ne posera pas beaucoup de problème à l'arrivée, mais plutôt à l'adolescence. Désormais, les difficultés se révèlent dès le départ. Il s'agit d'enfants qui ont vécu en orphelinat, avec très peu de stimuli. Ils ne connaissent certes rien à la France, mais aussi au mode de vie en famille : préparer le dîner, se laver les dents, faire les courses... Ils peuvent ne pas savoir monter un escalier, n'avoir jamais tenu un crayon entre les doigts, n'avoir jamais dormi dans un lit. C'est donc des habitudes de tout-petit, non acquises, qui devront être découvertes par un un-peu-plus-grand. Et cela provoque des commentaires.

Surtout qu'il y a régression totale. Besoin de dormir dans le lit des parents, d'être porté, d'être dorloté, et ce jusqu'à pas d'âge. Des enfants de 8 ans, de 10 ans peuvent encore réclamer d'être portés, d'avoir une couche ! Du coup, ça jaze pas mal, au sein de la famille, à l'école...

Ce sont des enfants qui auraient énormément besoin d'être rassurés, d'être aimés, pour s'assurer que l'abandon, c'est bien fini. Et en même temps, il vive cet abandon originel comme un échec et ont beaucoup de mal à vivre de nouvel échec. A l'école, cela peut être alors invivable...

Bref, quelques éléments pour réaliser que le projet est différent désormais. Notre idée de partir à la campagne, ou plutôt à la mer du côté de Yport où on achète une petite maison de pêcheur, semble hyper appropriée, pour passer du temps avec notre futur enfant, du temps et encore du temps.

Et pourtant, on sort de la réunion quelque peu amer. On n'a pas du tout envie de la remercier. En nous guidant plus qu'elle n'aurait dû le faire vers la Colombie et le restrictif 0-1 an, elle nous aura fait perdre des mois précieux. Elle s'est constituée en unique interlocuteur lors de la procédure d'agrément, alors qu'elle refusait de prendre en compte le contexte de l'international et qu'elle nous prévenait contre se renseigner sur les démarches internationales par nous-même. D'ailleurs, il semble clair que l'octroiement de l'agrément ne prend pas en compte le contexte de l'adoption internationale ; ainsi la réunion à l'ASE pour l'internationale n'est ouverte que pour les adoptants ayant déjà leur agrément. Donc après, et parfois, comme dans notre cas, trop tard. Ah, que ce chemin aura eu un goût d'amertume !

de 0-1 an à 0-3 ans

L'adoption internationale est quasi fermée désormais aux nourrissons. Ce parcours du combattant peut éventuellement s'accélérer pour des enfants âgés, des fratries ou encore des enfants à particularité. Mais les autres demandes sont vouées à attendre avec un risque très élevé de ne pas pouvoir adopter dans la fameuse période de 5 ans que dure l'agrément délivré par la France. Moins de 4000 enfants sont adoptés chaque année, pour 28000 ménages ayant l'agrément. Il ne faut pas être très cynique pour y voir une compétition fatale.

Après avoir voulu conserver notre agrément de O à 1 an, on s'est vite rendu à l'évidence. Notre agrément est tout simplement trop restrictif, il est même absurde vu le contexte actuel. Certes, nous n'avons pas encore épuisé les possibilités de la démarche individuelle. Mais nos principes de départ (un bébé, par une voie centralisée et publique, en Amérique Latine) semblent devoir s'assouplir.... Principe de réalité.


On patine...

Non, franchement, comment peut-on patiner autant ?

On a dû emprunter la mauvaise piste ou alors ils ont dû savonner particulièrement notre route !
C'est à désespérer et les vacances prises en août ont heureusement permises de prendre de la distance là où on commençait à devenir chèvre.

Mais reprenons calmement.
1ère étape : on a cherché à déposer le plus vite possible un dossier pour l'ICBF en Colombie. Quelques 29 pièces à rassembler le plus vite possible, à faire signer, apostiller, etc.
2ème étape : rendez-vous le 5 juin avec la responsable Colombie de l'AFA. Elle nous dit que notre dossier, si fébrilement rassemblé, n'est pas recevable car la Colombie n'accepte plus les agréments de 0 à 1 an ; elle a fusionné les listes d'attente de 0 à 1 an et de 1 à 2 ans. Elle nous oriente vers les OAA colombiennes.
3ème étape : on se tourne vers les OAA colombiennes, notamment Fana et les Casas. Malheureusement, on s'est un petit peu perdu en chemin, entre les interlocuteurs français de ces organisations et les pré-dossiers à envoyer. Perte de temps au mois de juin. Finalement on réussit à faire partir un dossier en Colombie pour Fana. Pour l'instant, nous n'avons aucune nouvelle.
4ème étape : réunion le 25 juin avec la correspondante de l'AFA de Paris. Panorama de l'adoption internationale inquiétant. Très inquiétant. Des listes d'attente infernales, des critères drastiques, des parcours du combattants, des contextes opaques... Et surtout aucun pays, à part peut-être le Mali ou le Kazakhstan, ouvert à des adoptions d'enfants de 0 à 1 an. Elle nous incite à se tourner vers les OAA françaises.
5ème étape : le mois de juillet a été très difficile, avec une brume pyrénéenne autour de moi.
6ème étape : j'envoie 5 demandes de candidatures auprès d'OAA françaises : Médecin du Monde, les Amis des Enfants du Monde, La Cause, La Famille Adoptive Française et Orchidée Adoption. Les 5 nous ont répondu négativement : trop de candidatures déjà semble-t-il, ils croulent sous les demandes.
7ème étape : Le Kazakhstan étant fermé actuellement à l'adoption internationale, on dépose un pré-dossier à l'AFA pour le Mali. Coup de téléphone : notre dossier n'est pas recevable car notre rapport psychologique de l'ASE mentionne que nous souhaitons adopter en Colombie ! Pente savonnée ? Heureusement nous partons en vacances !
8ème étape : rendez-vous le 3 septembre avec notre assistante sociale pour étendre notre agrément de 0-1 ans à 0-3 ans. Nous passons en commission début octobre.
9ème étape : JT bataille au téléphone avec notre psychologue de l'ASE pour retirer le terme de Colombie. Compromis peu favorable mais il faut faire vite pour renvoyer le dossier de mise en relation à l'AFA, car le délais est proche de s'achever.

Franchement, on s'y prend mal ou quoi ? On est en septembre, cela fait 3 mois et demi que nous avons l'agrément et aucun dossier accepté à l'international. C'est juste déprimant, rageant et angoissant.