Notre assistante sociale nous reçoit donc de nouveau, dans un petit bureau de l'ASE, pour discuter de ce coup de barre quelque peu brutal. Elle nous parle surtout de ce que représente un enfant de 3 ans, et c'est précieux. Ce n'est plus un nourrisson qui ne posera pas beaucoup de problème à l'arrivée, mais plutôt à l'adolescence. Désormais, les difficultés se révèlent dès le départ. Il s'agit d'enfants qui ont vécu en orphelinat, avec très peu de stimuli. Ils ne connaissent certes rien à la France, mais aussi au mode de vie en famille : préparer le dîner, se laver les dents, faire les courses... Ils peuvent ne pas savoir monter un escalier, n'avoir jamais tenu un crayon entre les doigts, n'avoir jamais dormi dans un lit. C'est donc des habitudes de tout-petit, non acquises, qui devront être découvertes par un un-peu-plus-grand. Et cela provoque des commentaires.
Surtout qu'il y a régression totale. Besoin de dormir dans le lit des parents, d'être porté, d'être dorloté, et ce jusqu'à pas d'âge. Des enfants de 8 ans, de 10 ans peuvent encore réclamer d'être portés, d'avoir une couche ! Du coup, ça jaze pas mal, au sein de la famille, à l'école...
Ce sont des enfants qui auraient énormément besoin d'être rassurés, d'être aimés, pour s'assurer que l'abandon, c'est bien fini. Et en même temps, il vive cet abandon originel comme un échec et ont beaucoup de mal à vivre de nouvel échec. A l'école, cela peut être alors invivable...
Bref, quelques éléments pour réaliser que le projet est différent désormais. Notre idée de partir à la campagne, ou plutôt à la mer du côté de Yport où on achète une petite maison de pêcheur, semble hyper appropriée, pour passer du temps avec notre futur enfant, du temps et encore du temps.
Et pourtant, on sort de la réunion quelque peu amer. On n'a pas du tout envie de la remercier. En nous guidant plus qu'elle n'aurait dû le faire vers la Colombie et le restrictif 0-1 an, elle nous aura fait perdre des mois précieux. Elle s'est constituée en unique interlocuteur lors de la procédure d'agrément, alors qu'elle refusait de prendre en compte le contexte de l'international et qu'elle nous prévenait contre se renseigner sur les démarches internationales par nous-même. D'ailleurs, il semble clair que l'octroiement de l'agrément ne prend pas en compte le contexte de l'adoption internationale ; ainsi la réunion à l'ASE pour l'internationale n'est ouverte que pour les adoptants ayant déjà leur agrément. Donc après, et parfois, comme dans notre cas, trop tard. Ah, que ce chemin aura eu un goût d'amertume !
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